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Prévention

Déconfinement : Soignants #Prenez soin de vous

8 mai 2020 |

Prévention

Les soignants, parfois très jeunes en première ligne ces dernières semaines sont dans un profond désarroi. Entre la peur d’attraper le virus et de le transmettre à leurs proches, les médecins, infirmières, aides-soignantes, mais aussi internes et étudiants en soins infirmiers ont vu les gens mourir par millier. Mobilisés et parfois isolés loin de leur foyer, l’angoisse accumulée peut être aussi impalpable que sournoise. Fatima Bargui, médecin généraliste et gériatre, longtemps senior aux urgences de l’hôpital Avicenne, alerte sur l’importance de prendre soin les uns des autres.

« Dès le départ, j’ai été contacté souvent le soir par bon nombre de mes confrères en pleurs qui rejoignaient l’hôpital la peur au ventre. Pour le moment personne ne s’en occupe, mais dès le déconfinement on va prendre conscience de la sidération et de la peur face à l’inconnu de ce virus nouveau. On voit que cela tue. Soignants ou pas les gens sont sidérés, » témoigne Fatima Bargui, médecin traitant de très nombreux soignants dans le nord de l’Ile de France. « Mi-mai, la pensée va se débloquer. Ils vont repenser à ce qui s’est passé. Un stade de forte décompensation est à prévoir. Cela s’anticipe et ne concerne pas seulement les personnes fragiles car la brutalité des choses qui se sont enchaînées peut avoir de terribles répercussions, » prévient Fatima Bargui. Un choc vécu, y compris par les robustes urgentistes comme un cauchemar qui s’éternise. Alors que faut-il mettre en place pour ces médecins et les soignants au moment du déconfinement ? Comment repérer les maux post-traumatiques que les professionnels de santé savent tellement enfouir et dissimuler ?

Attentifs aux signes de burn-out

Comme l’explique Fatima Bargui, les premiers signes vont correspondre à au brun out. « Celles et ceux qui sont touchés ne vont pas s’en rendre compte. Seuls ceux ayant déjà connu cette souffrance sauront mettre en place une sorte de garde-fou dès les premiers signes d’alerte. Le problème va concrètement se poser chez les plus jeunes et ceux qui se considèrent invincibles, » poursuit Fatima Bargui. C’est pourquoi elle propose de redoubler de bienveillance au sein des équipes. « Les collègues et les proches peuvent par exemple s’apercevoir de mouvements d’humeur ou de colère inhabituels. Des signes de fatigue, de mauvaise volonté, un ras-le-bol généralisé qui ne seront pas décelés sur le coup comme pathologique, » prévient-elle.

L’extinction des médecins du travail

Les plus aguerris pour établir ce lien restent selon elle les médecins du travail qui maîtrisent parfaitement les risques psychosociaux. Problème, ces spécialistes sont en voie d’extinction dans les établissements de soins. Une enquête interne à l’AP-HP a révélé l’an dernier l’ampleur de ce sinistre. À l’hôpital Tenon (Paris XXe) comme à l’hôpital Saint-Louis (Xe), les deux postes de médecin du travail restent vacants. À Saint-Antoine (XIIe), même situation, ainsi qu’à l’hôpital Robert Debré (XIXe), où il n’y a pas de médecin du travail. À l’hôpital Pompidou (XVe), c’est un poste sur deux qui est occupé. À l’hôpital Trousseau (XIIe), un léger mieux avec un poste occupé sur 1,5 prévu. À l’hôpital Lariboisière (Xe), un poste sur deux. Aucun médecin du travail à l’hôpital Avicenne (Bobigny), ni à Louis-Mourier (Colombes). À l’hôpital Necker (XVe), un seul poste est occupé sur les trois prévus, à l’hôpital Bichat (XVIIIe) un sur deux. Et ainsi de suite… Une pénurie constatée dans la France entière qui va certainement compliquer la prise en charge des soignants qui pourraient en avoir rapidement besoin.

Jeunes ou expérimentés : tous concernés !

Fatima Bargui s’inquiète en particulier pour ses confrères urgentistes, « des éponges à stress » au mental à toute épreuve, habitués à gérer des situations lourdes et violentes qui pourraient ne pas sembler prioritaires dans ce dépistage. « Voir les gens mourir sans explication, rien de pire pour eux et ce terrible sentiment d’impuissance est pour chacun d’entre nous psychologiquement dévastateur. » Ce niveau de stress est parti pour durer, alors au moment où les services de santé au travail préparent le déconfinement, les soignants ne doivent pas hésiter à se rapprocher des psychiatres et psychologues pour débriefer et exprimer ce qu’ils ressentent.

 « Premières cibles : Les plus jeunes et ceux qui se considèrent invincibles. »

Un conseil qui s’adresse aussi aux plus jeunes relevant du ministère de l’Éducation nationale qui n’ont à priori aucune chance de croiser un médecin du travail. Fatima Bargui pense d’abord aux internes et aux 15 000 élèves infirmiers mobilisés dans les Ephad. « Sans la maturité suffisante, ils ont été dispatchés en quelques heures aux urgences et en réanimation sans préparation. Ils sont plus à risque et font l’objet de très peu d’attention, » s’inquiète Fatima Bargui. Le Collège national des enseignants généralistes (CNGE) déclarait il y a quelques jours sur Twitter que ces jeunes « ont beaucoup à apprendre de la situation actuelle et beaucoup à y contribuer en tant que soignants. » Raison de plus de faire beaucoup plus attention à eux à l’heure du déconfinement.

Laurence Mauduit

 

 

 

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