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« Nos psychologues ont entendu des choses terribles »

19 août 2020 |

Check-up Santé

En ce début d’août, l’intensification de la transmission de l’infection à SARS-COV-2 inquiète les hôpitaux. Pour continuer à soutenir les professionnels en santé, la plate-forme nationale d’écoute et de soutien psychologique Pros-Consulte reste opérationnelle. Un dispositif mobilisé par la MNH et l’association Soins aux Professionnels en Santé (SPS) qui a déjà traité 5 000 appels depuis mars... Témoignage de France Hétier, directrice générale, de Pros-Consulte.

Les psychologues de la plate-forme ont été mobilisés dès début mars. Quels étaient les premiers motifs d’appel ?
France Hétier : Les premiers temps, les appels étaient un vrai cri d’alerte concernant les répercussions du manque de matériel. Il y a aussi eu des professionnels qui culpabilisaient de ne pouvoir travailler à cause de leur maladie (diabète ou insuffisance respiratoire)... D’autres, ne voulant pas rentrer chez eux de peur de transmettre le virus, faisaient part de leur souffrance de ne pas voir leurs enfants pendant plusieurs semaines.

En avril, mois particulièrement difficile, la plate-forme a réalisé 1 800 consultations. Cela a dû être particulièrement rude...
Oui, c’est une période où nos psychologues ont entendu des choses terribles. Au moment du pic des décès, une infirmière expliquait se mettre à pleurer dans le couloir car à chaque fois qu’elle ouvrait une porte se trouvait un malade décédé. L’accompagnement des parents de malades a aussi été très dur : les tenir à distance tout en les prévenant, faire des visios avec des mourants ; dire à la famille qu’ils étaient décédés sans qu’ils aient pu les voir... Tout cela a été extrêmement éprouvant pour les soignants.

Un après-coup de la crise est à craindre avec l’apparition probable de syndromes de stress post-traumatiques (SSPT). Le ressentez-vous déjà dans les appels ?
Oui. Les appelants actuels sont dans un état de sidération. Ils n’arrivent pas à sortir de la période Covid. D’autres craignent une deuxième vague : ils disent avoir tout donné et ne pas se sentir capables de recommencer. Quant au SSPT, il est déjà perceptible :  les personnes qui répètent la même chose en boucle pendant une heure, qui sont anxieuses, tristes, irritables, font des cauchemars et n’arrivent plus à dormir présentent, selon moi, déjà des signes...

Une aide-soignante
« Je n’arrive pas à sortir de cette période du Covid. On a eu très peu d'aide médicale et de soutien psychologique. Il y avait de la violence, les relations à l’hôpital étaient explosives. Heureusement notre équipe était soudée. On s’est dévoué.e.s corps et âme… Mais maintenant que cette période est passée, je me sens vide, sans but, sans objectif, sans motivation. »

Une pharmacienne
« J’ai eu le Covid et comme je suis une personne à risque j’ai dû être hospitalisée.  Aujourd’hui j’ai encore des douleurs aux poumons. Je me sens déstabilisée et très émotive. Aller au travail me stresse terriblement, le contact avec les clients et même avec mes collègues me terrifie ... » 

Un médecin (testé positif au virus, en quarantaine)
« Je suis très fatigué, physiquement et psychiquement. Je me sens mal, j’ai des douleurs qui m’angoissent ; je stresse, je pleure souvent, je fais des insomnies. J’ai transmis le virus à ma conjointe et à ma fille de deux ans. Je me sens coupable. Si des gens meurent autour de moi, ce sera ma faute... »

(Exemples d’appels reçus fin juin 2020*)
* les données permettant d’identifier les appelants ont été modifiés

 

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