10 min

Ma plume mon histoire :« Nous étions réellement sur le pied de guerre »

16 octobre 2020 |

Actu MNH

« Nous étions réellement sur le pied de guerre »

Interview* de Solenn Le Guennec, 38 ans. Cadre de Santé dans un EHPAD (Quiberon, Morbihan)

Pourquoi avoir choisi la métaphore guerrière comme ligne directrice de votre texte ?

Le discours que M. Macron a fait au mois de mars m’a beaucoup marquée. Et c’est vrai que c’est un peu ce que l’on a ressenti à l’EHPAD. Nos habitudes et celles des résidents ont dû complètement changer.  Nous étions réellement sur le pied de guerre.  Avec ces masques qu’on utilisait très peu auparavant… Et ces mots comme « doctrine » « protocole »… Nous étions un peu comme une armée qui écoute ce qui se dit, ce qui se fait et qui exécute.

Cet appel martial était nécessaire selon vous ?

Disons qu’il était nécessaire que l’on soit guidé vers un même but, que l’on agisse tous de la même manière, que l’on aille tous dans le même sens.

Avez-vous fait lire votre texte ?

Juste à ma maman. Mais pas à l’équipe. Peut-être par pudeur. Ce texte je l’ai écrit facilement, après le confinement, quand j’avais encore beaucoup d’émotions. C’était un moyen d’extérioriser ce que j’avais gardé pour moi.

Avec le recul, comment percevez-vous cette épreuve ?

C’était une expérience humaine formidable. Mais que je ne souhaite pas revivre.

*Propos recueillis par Annelise Schonbach


Nous étions réellement sur le pied de guerre 

2 mars 2020, la nouvelle tombe ! Le virus est à notre porte ! Un cluster a été décelé. L'accès à l'Établissement pour personnes âgées dépendantes restera fermé. Le COVID 19 arrive dans notre presqu’île. Il faut tout revoir, tout refaire comme une feuille de papier que l'on froisse, que l'on jette pour recommencer une nouvelle page. Cellules de crise, protocoles, doctrines font maintenant parti de notre vocabulaire courant. L'équipe soignante et les agents sont soudés. Une artillerie de guerriers masquées se déploie laissant apparaître seulement les fenêtres de l'âme. Le reste du corps est quant à lui nettoyé, désinfecté, une 'douche' de gel hydroalcoolique quasi à la journée...Les résidents s'interrogent, ils ne comprennent pas tous ce chamboulement. Les jours passent et l'horreur de cette guerre perdure. Les contaminations sont nombreuses surtout en EHPAD. La décision est prise de confiner les résidents en chambre. Déjà privés de leurs proches, les guerriers masqués pour seuls compagnons, nos aînés ont maintenant l'interdiction de se voir entre eux. C'est beaucoup trop !  La guerre, certains l'ont déjà vécu, pourquoi recommencer ? Au fur et à mesure, les guerriers masqués ont des craintes pour les résidents mais aussi pour eux, pour leurs familles. Et l'idée naît dans l'esprit des agents : et si nous nous confinions aussi ? Les guerriers masqués sont maintenant les seuls vecteurs de la maladie au sein de l'établissement. La décision est prise. Notre baluchon sera fait dans 2 jours. Le week-end permettra de rassembler nos affaires. Nous resterons donc enfermés avec les résidents. A bientôt ma famille ! Je vous laisse 14 jours. Mon amour prend soin de nos filles, je prendrai soin de nos vieux. Le 6 avril, nous arrivons à l'EHPAD. Les volontaires sont tous là. Quel courage ! La bataille s'organise. Planning, briefing, couchage animent cette première journée. Les résidents sont ravis. Un interrogatoire débute et des remerciements affluent : « Oui, vous pouvez sortir de votre chambre, oui, vous pouvez manger ensemble, oui, nous irons dans le jardin cueillir des fleurs, oui, nous ferons des occupations ensemble ». Les jours défilent, et peu à peu des sourires se dessinent sur les visages de nos aïeuls. La vie reprend ! Les rôles s'inversent aussi parfois quand les résidents s'inquiètent pour nous « Vous avez bien dormi ? Vous avez bien mangé ? ». Le soir, dans les chambres, les guerriers masqués « skypent » ou téléphonent à leurs proches. Gardons le lien. Ma sœur, infirmière, souffre du COVID. Je me promets de la contacter tous les jours. Au fil des jours, une solidarité et une entraide s'installent entre les guerriers masqués confinés. Les professions disparaissent et la troupe se met à l'œuvre. Une relation inédite et humaine formidable avec les résidents naît. Nos familles nous manquent mais nos peines se tempèrent quand les rides de nos personnes âgées dansent sur leurs visages. A l'extérieur, familles, ami, inconnus et nos chefs nous motivent, nous encouragent, nous remercient. La fleur au fusil, nous avons vécu 14 jours avec nos aînés. Le 19 avril 2020, nos sentiments se mélangent à notre départ : partir rejoindre nos proches et  laisser les résidents à nouveau confiner dans leurs chambres. Mais, c'est avec bonheur que notre président annonce, avant notre départ, la reprise des visites en EHPAD. Le COVID 19 est resté à la porte. Les résidents ont le moral et ont pu conserver leur périmètre de marche, aucun syndrome de glissement. Nous avons gagné une bataille...

 

Solenne L.

mnh mag | newsletter

Suivez toute l’actualité de la MNH !

The subscriber's email address.

En validant votre email, vous acceptez de recevoir la newsletter « MNH mag »

Vous pourrez facilement vous désinscrire à tout moment via les liens de désinscriptions présents dans chacun de nos mails.

 

banniere-bas.pngsite mnhEspace adhérent