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Les oubliés de la crise sanitaire

13 novembre 2020 |

Actu MNH

Le personnel administratif. Les « planqués » comme on l’entend souvent. Forcément, nous travaillons assis, nous ne devons pas beaucoup nous fatiguer n’est-ce pas ? Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’on fait au juste derrière notre écran ? On travaille, ou on fait du shopping en ligne en buvant notre café ? Je suis gestionnaire du personnel médical et je partage mon bureau avec deux collègues, dont l’une est en congé maternité et non remplacée. Mon travail consiste à établir les bulletins de paye des médecins, mais aussi à réaliser toutes les formalités administratives liées à leurs embauches et fins de contrats, leurs arrêts de travail, leurs formations et déplacements… Un travail qui s’est remarquablement intensifié pendant la crise sanitaire. L’hôpital a accueilli une cinquantaine de médecin et internes en renfort. Cela signifie autant de dossiers à créer, de contrats à rédiger, de badges à distribuer. Puis, à la fin du mois, autant de gardes à saisir, de plannings à contrôler, de salaires à calculer. Nous voici donc, à deux au lieu de trois, à gérer environ 500 payes au lieu des 450 habituelles. Le télétravail n’est pas proposé, pour cela il nous faudrait des ordinateurs portables équipés des logiciels nécessaires.

Lorsque le confinement est annoncé, une organisation en mode dégradé est rapidement mise en place : nous serons confinées à mi-temps. Nous assurerons une permanence quotidienne, à tour de rôle. Cela durera deux semaines. C’est durant cette quinzaine que la charge de travail est la plus lourde : nous recrutons du personnel chaque jour et les dossiers s’empilent à la vitesse de la lumière sans que nous ayons le temps de répondre à aucune autre sollicitation. Début avril, la France est encore confinée, mais nous sommes de retour sur le pont tous les jours, munies de notre indispensable attestation dérogatoire de déplacement. Nous arrivons en période de clôture de paye et nous ne pouvons plus nous permettre de nous absenter si régulièrement. En effet, nous avons un calendrier annuel à respecter, défini au niveau national, et il est inenvisageable d’y déroger. Chacun doit recevoir son salaire en temps et en heure, à fortiori dans de telles conditions. Encore plus que d’habitude, nous courons après les tableaux de service (les chefs de service ont bien d’autres priorités) pour tout boucler dans les délais. Dans le même temps arrivent les inévitables arrêts de travail. Nous manipulons avec précaution ces papiers contaminés. On a mis à notre disposition un fond de solution hydro alcoolique périmée, mais pas de masques. Nous ne sommes pas soignants, donc pas prioritaires. Les praticiens qui ont besoin de nous rencontrer pour une raison ou pour une autre en portent un parfois. Parfois non. On apprendra par la suite que certains avaient été testés positifs. Par chance, aucun cas n’est à déplorer dans notre équipe. Nous avons pris des risques pour rester au service de ceux qui sauvent des vies et qui sont applaudis le soir. Nous sommes les travailleurs dans l’ombre, ceux qu’on n’a pas pensé à remercier. Nous sommes les oubliés. 

Illustration issue du livre d’art « Entre nos mains : le monde hospitalier engagé », édité par la MNH : https://entrenosmains.mnh.fr

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