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Incendie de Lubrizol : nouveau regard sur la qualité de vie

13 janvier 2021 |

Soigner demain

« Nous devons aller plus loin dans la culture du risque »
Charlotte Goujon, vice-présidente de la métropole Rouen Normandie, en charge de la santé, des risques sanitaires et industriels*, nous livre son point de vue d’élue sur la catastrophe de Lubrizol.

L’incendie qui a ravagé l’usine Lubrizol et NL Logistique à Rouen le 26 septembre 2019 a bouleversé les habitants. Près d’un an et demi après la catastrophe, Santé publique France lance une étude épidémiologique sans précédent pour évaluer l’impact de cet incendie sur la santé et mesurer la qualité de vie des personnes exposées.

Le traumatisme des habitants est-il toujours présent ?
Aujourd’hui, la situation de stress et de traumatisme vécue par une partie des habitants de Petit-Quevilly, dont certains vivent à 100 mètres de la grille de l’usine, soit à proximité immédiate de l’incendie, reste un traumatisme encore très présent. Cela concerne en priorité deux cents foyers qui ont été réveillés par l’explosion le 26 septembre 2019. Ils ont vécu cela de leur fenêtre et ont été particulièrement exposés dès les premiers instants de l’incendie. Dans notre vallée de Seine, la situation géographique de l’entreprise Lubrizol est à proximité d’autres sites classés Seveso. Les habitants ont donc rapidement redouté un effet domino craignant que le feu ne s’y propage. Ils ont clairement eu peur de voir une partie de la métropole rayée de la carte. Une entreprise qui stocke des produits semblables à ceux qui ont explosé dans l’usine AZF à Toulouse, ou encore à Beyrouth, fait inévitablement penser à ce risque.

Comment s’expriment les craintes aujourd’hui ?
Au traumatisme vécu par une bonne partie de la population, s’ajoute l’inquiétude sur les effets à long terme sur la santé. Des questions immédiates sur sa propre santé, celle des enfants. Les fumées respirées l’an dernier et les odeurs persistantes pendant près d’un an auront-elles des conséquences ? Ces odeurs très présentes rentraient dans les habitations posant l’évidente question de l’impact possible sur la santé.
Les gens se sont clairement demandé si l’exposition les condamnait à mourir d’un cancer dans 15 ans. Un an après, on cherche toujours à mieux comprendre l’impact de ce que nous avons vécu. L’inquiétude s’est installée, puisque les résidus sont restés longtemps sur place. Les odeurs persistantes n’ont cessé qu’après le nettoyage complet du site qui s’est achevé fin septembre. Le dernier épisode olfactif remonte au week-end du 13-14 août. L’incident reste donc très présent dans les esprits encore aujourd’hui. Je pense aussi que la crise sanitaire que nous traversons actuellement participe à ces inquiétudes même si cela commence à diminuer.

Que doit-on faire évoluer en termes de prise en charge ?
Pour avoir échangé avec quelques professionnels de santé, je les ai sentis eux-mêmes un peu démunis. Il y a eu, apparemment, assez peu de consultation en service d’urgence, les gens se plaignant essentiellement de maux de tête ou de nausées, sans symptômes laissant présager d’urgences vitales.
En ville, les professionnels de santé me semblaient ne pas savoir quoi prescrire, notamment en termes d’analyses médicales. Les habitants les leur demandaient pourtant, pour rechercher des traces d’hydrocarbures dans le sang ou dans le lait maternel. Immédiatement après l’incident, les professionnels de santé m’ont semblé manquer d’indications de la part de l’Agence régionale de santé sur la marche à suivre. J’ai senti un sentiment de difficulté. Quelle prise en charge mettre en œuvre ? Quelles analyses proposer ? Élue cette année vice-présidente de la métropole en charge des risques sanitaires et industriels, j’ai initié un travail pour définir un plan d’actions. Il tiendra compte des enseignements que nous tirons de la gestion de cette catastrophe.
La question de l’alerte à la population, qui a été totalement inopérante le jour de l’incendie, ne doit plus se poser. Je pense que les riverains accepteront mieux l’existence d'usines proches de chez eux si la connaissance sur ces entreprises s’améliore. Nous devons aller beaucoup plus loin en matière de culture du risque, pour mieux nous préparer à y faire face quand l’impensable se produit.

*Charlotte Goujon est également maire de Petit-Quevilly et conseillère départementale de Seine-Maritime.

Propos recueillis par Laurence Mauduit


Presque un an et demi après l'incendie qui a ravagé l’usine Lubrizol et NL Logistique à Rouen le 26 septembre 2019, les habitants sont toujours inquiets. Santé publique France lance une étude épidémiologique sans précédent pour évaluer l’impact sur leur santé et leur qualité de vie. Plus de 5000 personnes ont répondu à cette étude.

Retrouvez les interviews de :
Maria Melchior, directrice de recherche à l’Inserm, membre du comité d’expert de Santé publique France
Lire : « Identifier les personnes les plus à risques »

Franck Gollot, directeur adjoint à la direction des régions de Santé publique France
Lire : « Anticiper pour mieux accompagner la population »

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