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Des étudiants soignants secoués par leur épreuve du feu

22 décembre 2020 |

En direct de l'hôpital

Futurs infirmiers ou médecins, ils n’avaient pas prévu de faire face à une pandémie durant leur cursus et leurs stages.

Si les étudiants soignants ont répondu à l’appel dans le contexte d’urgence sanitaire, beaucoup dénoncent un sentiment d’abandon et des conditions de travail très difficiles, comme l’a mis en lumière la récente enquête de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI).
Comment ces jeunes font-ils face à la crise sanitaire ? Retour d’expériences

« Chair à canon », « soldats mis en première ligne »… Réquisitionnés pendant la première vague de l’épidémie de Covid-19, les étudiants en soins infirmiers (ESI) l’ont parfois très mal vécu. Comme l’a souligné l’enquête réalisée avant l’été par la FNESI auprès d’un large panel d’ESI (15 235 réponses exploitables et 4 301 témoignages reçus).

Pour rappel, selon cette enquête, 81 000 étudiants étaient engagés auprès des patients pour assurer la continuité des soins en soutien aux professionnels de santé, entre mars et juin. Et 68,5 % d’entre eux ont été impliqués dans le cadre d’un stage. Les ESI interrogés ont pointé du doigt des conditions de travail très complexes : manque de matériel, peur de contaminer ses proches, soins à prodiguer en urgence sans réel encadrement, etc.

En effet, face à la saturation des services et à la gravité de la situation, beaucoup de stagiaires n’ont pas été encadrés comme ils auraient dû l’être : 33,7 % d’entre eux ont fait fonction d’aide-soignant (AS) et 50,3 % des étudiants infirmiers de pratiques avancées (EIPA) en stage ont été affectés sur des postes d’Infirmiers diplômés d’État (IDE).

Peur d’être « mal formés »

Louis*, 28 ans, ESI en deuxième année à Paris, a fait partie de ces stagiaires « mis en première ligne ». Secoué par son expérience, il prend aujourd’hui des médicaments pour dormir.

Au moment de la première vague de l’épidémie, il était dans un SSR. « Nous avions des patients polypathologiques, quasiment tous positifs au Covid-19. Certains sont partis en une semaine ! On descendait parfois jusqu’à cinq patients par jour à la morgue ! Psychologiquement, c’était très dur. En tant qu’ESI, on sait qu’on va être confronté à la mort mais pas autant… Et il n’y avait pas de communication, on ne savait pas à quoi s’attendre ».

Le jeune homme souligne que les ESI stagiaires ont dû se battre pour voir leur travail revalorisé, de 38 à 238 euros la semaine, compte tenu des tâches qui leur étaient confiées. « On remplaçait des professionnels. On avait le sentiment d’être de la chair à canon, des soldats envoyés au front, sans formation. »

Appelé en renfort pour la deuxième vague, Louis a vu son stage en psychiatrie annulé. Il se déplace à domicile pour réaliser des tests PCR. Et s’inquiète que la moitié de ses stages soient liés au Covid-19 : « J’ai le sentiment de ne pas avoir appris tout ce que je devais apprendre, d’avoir des manques pédagogiques. J’ai peur d’être un infirmier mal formé. » Désillusionné sur le métier, l’étudiant n’en reste pas moins motivé (« On a besoin de nous ») mais se demande s’il restera dans le public une fois diplômé.

« Est-ce qu’on va pouvoir soigner tout le monde ? »

En 4e année d’internat en médecine interne, Marie*, 26 ans, a moins souffert de la première vague du Covid-19. « J’étais en stage en neurologie dans un hôpital parisien et je me suis proposée pour aller en réa Covid. J’y suis restée environ un mois, entre mars et avril. Face au nombre de malades qui augmentait très vite, j’étais inquiète de savoir si nous allions pouvoir soigner tout le monde. »

Très vite, Marie a constaté une baisse brutale de la moyenne d’âge de ses patients, « à 50-60 ans, contre plus de 70 ans habituellement en réa. C’était dur, mais j’avais moins le sentiment de faire de l’acharnement thérapeutique ».

En réa, la jeune interne a été « très bien accueillie, bien formée ». La future médecin estime avoir beaucoup appris en termes de réactivité, d’adaptabilité et de bonne gestion des moyens. « Le plus dur a sans doute été l’absence des familles : le fait de devoir leur expliquer la situation à distance, leur annoncer la mort de leur proche par téléphone, etc. »

Si la jeune femme estime que cette expérience a été intéressante, elle s’est toutefois proposée pour de l’hématologie pour la deuxième vague afin « d’éviter de retourner en réa ». Futurs médecins ou infirmiers, les étudiants soignants restent globalement inquiets pour la qualité et l’exhaustivité de leur formation face à une crise sanitaire qui dure.

Coraline Bertrand

* Les prénoms ont été modifiés.

 

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