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Covid long : la double peine

22 juin 2021 |

Soigner demain

Que sait-on aujourd'hui du covid long ? La maladie a peiné au départ à être prise en considération, seuls quelques services pionniers s’en s’ont emparés pour organiser prise en charge et recherche. Un vrai enjeu de santé public pour éviter que la maladie ne se chronicise.

Troubles respiratoires, cardiaques et digestifs, déconditionnement musculaire, perturbations psychologiques, pertes de goût ou d'odorat, problèmes cutanés... 60% des patients ayant été hospitalisés pour Covid-19 souffriraient d'au moins un symptôme 6 mois après l'infection et un quart d'entre eux de trois symptômes ou plus1. Dès les premiers mois de l’épidémie, les Urgences accueillent à nouveau des patients, précédemment infectés et ayant développé une forme de Covid modéré, présentant des symptômes du covid, alors qu’ils sont négatifs. Après une « lune de miel », ils rechutent et la reprise d’activité semble parfois insurmontable à ces personnes jeunes, le plus souvent des femmes autour de 40 ans sans surpoids, sans comorbidités, sportives. Pour autant ces patients ont eu du mal à faire reconnaître le sérieux de leurs troubles, parfois taxés de psychosomatiques. Des équipes pionnières s’y intéressent comme celle du Pr. Dominique Salmon, infectiologue à l’Hôtel Dieu qui monte dès mai 2020 une consultation post covid. Avec les Dr Olivier Robineau de Tourcoing (coordinateur) et François Goehringer de Nancy, elle a réussi à faire financer une cohorte nationale de 1000 patients, Cocolate (pour covid tardif), afin de tenter d’identifier une ou des signatures biochimiques (virologiques, immunologiques ou génétiques) de ce syndrome.

Un enjeu de santé publique
Dès mai 2020 également, Nicolas Barizien, chef de service de l’unité de Médecine physique et de rééducation fonctionnelle de l’Hôpital Foch de Suresnes teste à l’effort ces patients adressés par les Urgences. Il modifie son activité ordinaire et ouvre en juin l’unité Rehab Covid, laquelle dispense un bilan, le temps d’une consultation d’une demi-journée, en 4 étapes : mesures d’effort et d’endurance avec une kinésithérapeute, entretien nutritionnel, entretien avec une psychologue, évaluation du médecin rééducateur. Ce bilan permet d’écarter les suspicions de formes graves et de délivrer des ordonnances pour de la rééducation respiratoire et à l'effort, de la rééducation neurocognitive et des traitements (corticothérapie et anti inflammatoires, médicaments gastriques….). La demande est croissante et nécessite la formation des professionnels libéraux et l’organisation d’un réseau de soins en ville. Pour ses confrères de ville, le docteur Barizien a mis en place une téléexpertise, grâce à une application validée par la HAS, a conçu un ensemble de tests et deux questionnaires d'auto-évaluation et  travaille à la rédaction d’un ouvrage pour donner des solutions directement aux patients : « Les programmes d’auto-rééducation peuvent nettement améliorer les covid longs à condition qu’ils soient entrepris rapidement, un mois après l’infection aigüe, pour ne pas laisser la maladie se chroniciser. »

Suzanne Nemo

1 Microbiologie clinique et infection

 

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