5 min

Contaminée par le coronavirus

20 novembre 2020 |

Actu MNH

16 avril 2020, aujourd'hui j'ai 34 ans. Je me remets avec un peu de mal de cette série de nuits dans mon service d'hépato-gastro. Et cette petite toux de bronchite qui m'embête de temps en temps. Mon mari me laisse dormir ce matin, et il s'occupe de nos 2 filles. Je sais qu'ils me préparent à 6 mains un gâteau d'anniversaire rempli d'amour. Quand je les rejoins, aucune odeur de gâteau n'envahit mes narines, ni la senteur sucrée de la bougie allumée. Ça me vient comme un éclair : « et si ? »...

Et si les patients atteints du coco (on est devenu presqu'intime) que l'on a accueillis dans mon service, et si mes collègues atteints eux aussi, m'avaient transmis ce virus ? Le café, mon parfum, le spray désodorisant… j'essaie de sentir ce qui me tombe sous la main. Rien. Je tente de goûter quelque chose, rien. Je n'attends plus, je mets un masque et raconte à mon mari ce que je viens de découvrir. Tout s'enchaine. La décision d'appeler le 15, le médecin, de placer nos filles chez mes beaux-parents quelques temps, la première étant de santé très fragile, c'est le plus raisonnable. Mes bougies d'anniversaire soufflés par nos princesses. Puis leurs valises à faire, les larmes cachées.  La porte d'entrée qui se ferme. Je ne sais pas quand je les reverrai, quand je leur ferai à nouveau un câlin. Les jours qui suivront, je resterai confinée dans ma chambre. Mon mari sera aux petits soins, m'apportant des plateaux repas, m'achetant des bricoles. Il s'installera un lit de fortune dans notre salon.  Étant aide soins aussi, il ira travailler en n'oubliant jamais de m’appeler, histoire de savoir si ça va. Les maux de têtes, les courbatures, la fatigue, mais surtout la toux et la respiration compliquée seront oubliés pendant les appels en visio quotidiens de nos filles.  Je partagerai avec elles mes créations en feutrine, mes points de croix.

Je sais qu'elles aiment bien faire ça avec moi. On se créera de nouveaux souvenirs, essayant de rendre la séparation plus ludique. Elles ne sauront pas qu'à chaque fin de conversation, je verserai quelques larmes. On se retrouvera 2 semaines plus tard. Je porterais H24 un masque. Tant pis si je respire encore moins bien. Elles sont sous le même toit que moi. Quand j'ai repris la blouse, 1 mois plus tard. J'appréhendais, mais la joie de retrouver mon service, mes collègues a été un sentiment bien plus fort. Même si la respiration n'est encore pas optimale, je ne me plains pas. Certains ont eu moins de chance.

Vanessa, aide-soignante

Illustration issue du livre d’art « Entre nos mains : le monde hospitalier engagé », édité par la MNH : https://entrenosmains.mnh.fr

mnh mag | newsletter

Suivez toute l’actualité de la MNH !

The subscriber's email address.

En validant votre email, vous acceptez de recevoir la newsletter « MNH mag »

Vous pourrez facilement vous désinscrire à tout moment via les liens de désinscriptions présents dans chacun de nos mails.

 

banniere-bas.pngsite mnhEspace adhérent